Dossier protection sociale

Dernière mise à jour le 9/05/04

Pour en savoir plus :
I- Introduction à la commission protection sociale, congrès SNEP 2004

La forte mobilisation du printemps 2003 n’a pu arrêter le passage en force du gouvernement sur la remise en cause du système de retraite. La loi est votée et entre en vigueur en 2004, mais cette réforme ne règle en rien la question de la sauvegarde de notre système par répartition, contrairement à ce qu’affirme le gouvernement.
Il y a recul considérable sur les retraites des fonctionnaires (allongement de la durée de cotisation, mise en place d’un décote, diminution du taux de remplacement, bonification supprimée pour les enfants nés à partir du 1er janvier 2004, CPA remise en cause, fin de la CFA…), mais la mobilisation forte a permis de préserver certains droits comme la date de référence à 60 ans, le départ anticipé pour les mères de 3 enfants, le paiement des pensions par le budget de l’Etat et non par une caisse qui devrait équilibrer cotisations et pensions, la majoration maintenue aux hommes et aux femmes ayant 3 enfants et plus… .
Cependant, un aspect très important n’est pas réglé : la réforme Fillon est fondée essentiellement sur l’allongement de la cotisation comme variable d’ajustement mais le financement n’est pas acquis puisqu’il repose sur l’hypothèse d’un retour automatique au plein emploi. Ceci risque d’entraîner de nouvelles dégradations avec la baisse des niveaux des pensions servies par le système solidaire par répartition et de développer une épargne individuelle capitalisée (voie ouverte aux fonds de pension). Nous devons rester vigilent, le débat n’est pas clos.

Après les retraites, c’est au tour de l’assurance maladie. Le gouvernement s’attaque à l’assurance maladie de la même façon que pour les retraites.
Pas de débat public sur un tel enjeu, mais il joue sur le psychologique de la population. Il dramatise de déséquilibre financier de la SECU, sur les dépenses des soins, il culpabilise l’assuré en le traitant d’irresponsable, de sur consommateur… .

Aujourd’hui, où en sommes-nous ?
Le haut conseil pour l’assurance maladie a rendu sa copie. Il parle de l’assurance maladie en ces termes : « L’un de nos biens communs le plus précieux » et « l’assurance d’accéder aux soins tout au long de notre existence, augmenter l’espérance de vie ». Il souligne également que l’augmentation des dépenses de santé est normale et qu’il faut une hausse des recettes.
J.F Matteï a commencé un cycle de concertation avec les partenaires sociaux (dont la FSU est exclue). Une première synthèse sans intentions précises devrait être dévoilée, en avril, après les élections … . Dans le même temps, cette réforme s’élabore dans l’ombre. Réunions « secrètes » avec certains syndicats, dirigeants patronales, représentants de la mutualité… . On sait que depuis la création de la SECU en 1945, les organisations patronales n’ont cessé d’en réduire la portée. Il faut à tout prix geler le niveau actuel du financement public de l’assurance maladie.
J.F Mattéï cède aux pressions du MEDEF qui ne veut pas d’accroissement des prélèvements obligatoires (qui correspond à la part des richesses créées chaque année et consacrée à la santé).
Donc le gouvernement ne parle pas du « pourquoi » du manque de recettes et d’éventuelles augmentations et la question du financement a été écartée du programme de concertation.

La seule solution proposée est un transfert des charges sur les assurés qu’il sanctionne déjà avec :
• la hausse du forfait hospitalier,
• le déremboursement de médicaments,
• la suppression de la prise en charge à 100% des soins pré et post opératoires,
• la régression pour la CMU, l’APA et l’AME … .

Transfert de charges également vers les mutuelles et les assurances privées :
La fédération française des assureurs a déjà annoncé qu’elle était prête à prendre en charge intégralement optiques et soins dentaires, médicaments, rééducation suite à accident, qui actuellement se trouvent dans le régime obligatoire.
La SECU garderait les maladies graves et coûteuses car peu rentables pour une assurance.
Il y aurait finalement une distinction entre le champ de la responsabilité collective couverte par la SECU et celui de responsabilité individuelle (accidents de ski …) couvert par les complémentaires (reprise du rapport Chadelat).
L’égalité d’accès aux soins serait gravement mise en cause et à terme apparaîtront les inégalités de santé.
Les premiers concernés, les assurés sociaux et les parlementaires seront hors du coup puisque cette réforme devrait être votée par ordonnance, en principe en juillet.
Quant à la gouvernance, des rumeurs circulent sur l’étatisation du système : la gestion de l’assurance maladie serait retirée aux représentants des assurés sociaux et transférée directement entre les mains de l’Etat.
Un coup fatal serait porté à l’un des principes de la SECU qui en 1945 selon le Conseil National de la Résistance annonçait un plan complet de sécurité sociale visant « à assurer à tous les citoyens des moyens d’existence dans tous les cas où ils sont incapables de se le procurer par le travail, avec gestion appartenant aux représentants des intéressés et de l’Etat ».

L’hôpital 2007.
En dépit des réactions contre ce projet des médecins, des personnels soignants, des agents de toutes catégories, J.F Mattéï s’obstine à vouloir mettre en place ce plan qui consiste à faire basculer l’hôpital public vers une entreprise régie par la loi de la rentabilité, ce qui constitue une offensive très forte contre notre système de soins et d’assurance maladie.

Il s’agit d’accélérer la marchandisation de la santé et la privatisation de l’assurance maladie : c’est donc une logique marchande.
La Banque mondiale, le FMI, l’OCDE, l’OMC demandent d’abandonner aux marchés « toute une série de biens et de services publics » et poussent les pays à casser leurs systèmes de solidarité et livrer aux marchés les secteurs les plus rentables, notamment la santé (soins, médicaments, hôpital…).

Le système de soins a effectivement besoin d’une réforme mais pas de celle proposée… .


Assurance maladie, quel financement ?

Aujourd’hui, les dépenses de soins sont prises en charge par l’assurance maladie pour 75,7% par les complémentaires pour 12,7%, et environ 10% restent à la charge des familles. Le financement de l’assurance maladie est très largement assis sur les salaires (versé sous 2 formes, une partie est payée individuellement aux travailleurs, c’est le salaire net. Une autre partie est versée dans un pot commun et mise à profit de l’ensemble de la société, c’est le salaire socialisé. Dans ce salaire socialisé on retrouve les cotisations sociales dites salariales ou parts salariales, et les cotisations sociales dites patronales ou parts patronales).
Cotisations et CSG représentent 80% des ressources.
La contribution de chacun s’appuie sur son revenu et non sur sa santé. Mais actuellement, le chômage, la faiblesse des salaires, le ralentissement de la croissance baissent les recettes. Les exonérations massives des cotisations patronales (19,6 milliards d’euro pour 2009) pèsent sur le financement.

Quelques propositions :

Il faut promouvoir une politique d’emplois, de qualifications et de salaires qui permettra d’augmenter les entrées de cotisations. Il faut revenir sur les exonérations de cotisations patronales (qui existent depuis 20 ans).
Faut-il élargir l’assiette des cotisations patronales ?, relever la CSG ?
L’ensemble des revenus du capital et du patrimoine doit aussi contribuer au financement.

Solutions alternatives :

Comment développer des luttes et les coordonner (exemple : comité de défense de la SECU dans chaque ville). Diffusion de documentations (inter réseau livre FSU, stages explicatif sur l’analyse de la politique).
Objectif de cette commission : approfondir le débat et concrétiser les attentes.

II- STAGE PROTECTION SOCIALE

A) La protection sociale, une construction longue et difficile.

C’est à partir de la fin du 19ème et début du 20ème siècle que le système de législation sociale se transforme en passant d’une assistance sous forme de charité en système d’assurance avec notion de cotisation sous forme de solidarité
Dès 1894, se développent des caisses de retraite privées et apparaissent les premiers régimes d’assurance obligatoire (mines en 1894, chemin de fer en 1909, retraites ouvrières et paysannes en 1910).
La loi du 30 avril 1930 institue les assurances sociales et en 1932 sont crées les allocations familiales.
Après la guerre, suite à des luttes importantes pour mettre en place un système de protection sociale qui supprime les inégalités sociales, l’ordonnance du 4 octobre 1945 instaure la sécurité sociale et la loi du 9 avril 1946 permet la création d’un régime général et unique couvrant les risques maladie, famille et vieillesse pour tous. Les caisses seront gérées par les représentants élus des assurés.
Mais les agriculteurs, les artisans, les commerçants et les salariés déjà couverts par leurs régimes particuliers refusent. Les patrons et les cadres sont réticents.
La loi du 22 mai 1946 limite donc le régime général aux salariés de l’industrie et du commerce.
Une couverture sociale généralisée voit le jour et la loi du 9 avril 1947 ouvre la sécurité sociale aux fonctionnaires.
Enfin la loi du 17 janvier 1948 donne naissance à 3 régimes d’assurance vieillesse : 1 pour les professions industrielles et commerciales, 1 pour les artisans, 1 pour les professions libérales.
Entre 1952, pour les agriculteurs, est mis en place un régime d’assurance vieillesse obligatoire (géré par la mutualité sociale agricole).
En 1953, se met en place une réforme de l’aide sociale et l’instauration des minima sociaux.
En 1958, il y a création de l’assurance chômage.
En 1966, est créé un régime autonome d’assurance maladie et maternité (CANAM) pour les non salariés ( agricoles, commerçants , artisans).
La loi cadre de 1974 prévoit une protection sociale « commune à tous les français » et la loi du 4 juillet 1975 généralise à l’ensemble de la population active l’assurance vieillesse obligatoire.
En 1975 est mis en place la loi d’orientation sur les handicapés.
Dans les années 80, on peut dire que l’ensemble de la population française est assuré contre les risques sociaux et bénéficie de prestations et d’allocations sociales en nature et en espèce grâce aux cotisations sociales et divers impôts et taxes.
Puis avec l’augmentation du chômage , son indemnité limite et « les fins de droit », en 1998 est institué le RMI ( revenu minimum d’insertion).
Apparaît également une régression sociale notamment sur les soins et dans les années 90, il est reconnu que 17% des français ne peuvent accéder aux soins.
En 1999 la loi du 28 juillet met en place la CMU ( couverture maladie universelle ), 6 millions de personnes sont concernés.
En 2001, la loi du 30 juillet institue l’APA ( allocation personnalisée d’autonomie) qui remplace la PSD (prestation spécifique dépendance) depuis le 1er janvier 2002.

B) Comment est organisée la branche santé de la sécurité sociale :

C’est un système administratif lourd qui gère la maladie, la maternité, l’invalidité, le décès mais pas les accidents du travail.
Elle verse des prestations en nature : l’indemnité journalière.
des prestations en espèce : remboursement des dépenses liées aux soins, médecins, médicaments, hospitalisation.
Ces prestations sont gérées par des « caisses »
L’ordonnance de 45 prévoyait un réseau coordonné de caisses. Aujourd’hui ce n’est toujours pas le cas, car il existe différents régimes gérés par différentes caisses :
* La CNAM ( caisse nationale d’assurance maladie des travailleurs salariés) la plus importante ( 45 millions d’ayant droit). Elle gère le « régime générale ». Elle est un établissement public et est composée de caisses régionales (CRAM) et de 129 caisses primaires(CPAM) à statut privé ( Elles affilient les assurés et versent les prestations).
* La MSA (mutualité sociale agricole) gère toute la protection sociale des travailleurs de l’agriculture.
* La CANAM (caisse nationale d’assurance maladie) pour les non salariés, professions agricoles, commerçants et artisans.
* Des régimes spéciaux : SNCF, RATP, MINES.
Ces caisses gérent la sécurité sociale de base. Et il existe de nombreuses mutuelles et assurances privées qui permettent des prestations complémentaires individuelles ou collectives (entreprises).

Seule la caisse nationale d’allocations familiales (CNAF) est commune à tous les régimes.

* Cas particuliers des fonctionnaires : Pour la FP, les mutuelles gèrent l’assurance santé. Elles servent de caisse de SS même pour les non adhérents. Il y a gestion confondue des prestations de base et des prestations complémentaires. Pour les indemnités journalières l’état a ses propres règles.


C) Responsabilité de la gestion :

Les caisses sont dirigées par des conseils d’administration de 25 membres :
15 représentants des usagers, 6 des employeurs, 2 des mutuelles et 2 nommés par le ministère de tutelle. La désignation des représentants des usagers a toujours fait problème. Leur élection par les salariés a été rétablie en 1981 pour la CNAM et ces élections ont eu lieu en 1983 pour une durée de 6 ans et depuis elles ont été constamment repoussées. Depuis 1995 les représentants sont désignés par les 5 confédérations syndicales officiellement « représentatives » !
Depuis l’origine c’est le ministère des affaires sociales en lien avec celui du budget qui fixe le niveau des cotisations, des prestations et des droits des assurés. L’état pilote donc en grande partie la sécurité sociale d’autant plus depuis la réforme de 1995 puisque le parlement vote le budget chaque année qui fixe le plafond de dépenses. Le MEDEF a d’ailleurs en 2001 quitté la direction de la CNAM, de la CNAV et de la CAF, mais aimerait bien revenir et demande une véritable autonomie des régimes sociaux ! Depuis la CFDT dirige seule la CNAM ( en 1996, elle avait pris la co direction avec le medef en évinçant FO).

Nous pouvons soulever les questions suivantes :
Où doit se situer le pouvoir sur les questions de santé ?
Définir les responsabilités des salariés et employeurs, de l’état, des mutuelles, des professionnels, des usagers ?


Partie réalisée par Sophie Duquesne


III- LA SANTE EN FRANCE, AUJOURD’HUI


Nous parlons du système de santé qui aujourd’hui présente une situation contrastée.
Notre système de santé est complexe. Il est composé de plusieurs secteurs :
Un secteur public avec l’hôpital , les urgences, les dispensaires, les établissements mutualistes ou associatifs à but non lucratifs et un secteur privé avec la médecine de ville regroupant médecins et professions paramédicales exerçant en milieu libéral, les cliniques, les hôpitaux privés, les pharmacies, et les laboratoires d’analyse.
Se rajoutent à ce système, un service de médecine du travail, un service de médecine pénitentiaire et un service de médecine scolaire.
Pour compliquer encore un peu plus, au sein même de l’hôpital public, existe un secteur privé et pour la médecine existent 2 secteurs, l’un conventionné et l’autre avec dépassement d’honoraires.
Ce système complètement éclaté est source d’inégalité.
Malgré cette complexité, l’organisation mondiale de la santé a placé la France en tête pour son système de soins. Effectivement nous avons une mortalité infantile très faible et une espérance de vie parmi les plus élevée du monde. Mais la situation est contrastée. L’espérance de vie suivant les catégories socio professionnelles est différente ( 9 ans d’écart chez les hommes). Cette différence n’est pas seulement due à un problème du système de santé mais aussi aux inégalités diverses qui existent dans notre société (problème d’emplois, différences importantes de rémunération, logements plus ou moins insalubres).
Le risque d’invalidité est plus grand pour un ouvrier que pour un cadre. La mortalité juvénile est la plus importante d’Europe. Mourir avant 65 ans( plus chez les hommes) représente 20% des décès annuels ( ce serait lié aux risques professionnels et de la vie courante).
On constate un manque de politique de prévention, son développement permettrait de réduire les inégalités sociales de santé.

Aujourd’hui, nous pouvons dire qu’une grande majorité de français accèdent aux soins mais il existe des inégalités de santé importantes car pour un grand nombre la couverture est encore incomplète.
Si, en 1999, la création de la CMU a permis l’accès aux soins aux plus démunis, en effet, en 2002, un million 300000 personnes ont bénéficié de la CMU de base (revenu annuel de moins de 6500 euro), et 4,7 millions ont bénéficié de la CMU complémentaire (plafond de ressource très bas moins de 560euro), cette prestation n’est « pas l’assurance maladie universelle et gratuite », et l’effet de seuil écarte de cette mesure les personnes à très faibles ressources.
Actuellement, 8% de la population ne bénéficie toujours pas de complémentaire pour des raisons financières. Ces personnes là sont celles qui vont renoncer aux soins. De plus, le gouvernement a fait voter un amendement repoussant à un mois par rapport au dépôt du dossier l’ouverture des droits (avant le dossier pouvait être ouverte en quelques heures !). Devant l’attente, les personnes concernées renoncent souvent aux soins.
L’AME bénéficie à environ 1 million 800000 personnes (essentiellement des étrangers en situation irrégulière) avec des ressources très faibles (moins de 560 euro par mois). Elle prend en charge 100% des dépenses hospitalières et de la médecine de ville ; mais le gouvernement a déjà essayé par 2 fois de faire reculer ces dispositions (repousser par des interventions fortes syndicales et humanitaires). Si les procédures longues et complexes se mettent en place, cette population fragile aura tendance à renoncer aux soins.

Il existe également des inégalités sociales :
Différentes études montrent que suivant la catégorie sociale de l’individu, des inégalités persistent. Les conditions de travail ont un impact énorme sur la santé. Le nombre de maladies professionnelles serait en augmentation. L’obésité chez l’enfant serait plus élevée chez les enfants « ZEP », ainsi que les problèmes bucco-dentaires.
Les dépenses de santé sont différentes selon les catégories socioprofessionnelle : les ouvriers dépensent un peu plus que la moyenne des assurés, et plus souvent en milieu hospitalier. Les bénéficiaires de la CMU se font soigner le plus souvent à l’hôpital. Les cadres dépensent moins que la moyenne, mais plus en médecine de ville. Les chômeurs et les femmes au foyer renoncent plus aux soins que les actifs et les retraités.
Les populations les plus pauvres, par manque de prévention, de suivi, de visites chez le médecin tardives, de mauvaises conditions de vie et de travail sont en plus mauvaise santé et fréquentent d’avantage les hôpitaux, notamment les urgences.

Il existe également des inégalités territoriales :
Inégalité importante entre les régions et les départements sur le nombre et la répartition des médecins.
Manque de spécialistes en haute Normandie, de psychiatres en seine maritime.
Présence de 123 généralistes pour 100000 personnes en région PACA contre 92 en basse Normandie et en Picardie.
Disparités importantes sur l’état de santé des enfants de 5/6 ans selon les régions (Nord et Dom pour les états bucco dentaires par exemple).
La mortalité est plus forte dans les petites villes que dans les grandes…
Le CREDES note que les médecins comme les spécialistes s’installent plutôt en centre ville que sur la périphérie.
Le corps médical vieillit. Du fait du numerus clausus certaines spécialités sont rares. Le manque de médecins comme le manque de personnels dans les hôpitaux Risquent de s’aggraver
Les inégalités existe déjà, une régionalisation du système de soins ne risquerait elle pas d’aggraver la situation ?

Quelques mots sur les dépenses courantes de santé : comment sont elles réparties ? :
Les dépenses hospitalières sont les plus importantes : Soins hospitaliers : 44%
Aujourd’hui, les dépenses pour la médecine ambulatoire sont en augmentation.
Viennent ensuite les dépenses pour les médicaments : 21%, pour les médecins :12%, les dentistes : 5%.
En 2002, la dépense octroyée à la prévention était de 2,3% de l’ensemble des dépenses. Cette part est très faible et montre que la France donne priorité au curatif.
Pourtant vu les problèmes de santé des jeunes (obésité, suicide, tabac, drogue), il serait important de développer la médecine de prévention dans le système scolaire et dans le système de santé public.


IV- dossier Spécial Dossier réalisé par Patrick Ysebaert


Lexique (à enrichir)


Prestations : La sécurité sociale verse des prestations pour 4 types de risques : la maladie, la vieillesse, les risques familiaux, le chômage.

Régimes : les prestations sont distribuées par des régimes, des organismes nombreux aux statuts juridiques variés. Au centre se trouve le régime général de la sécurité sociale qui comporte plusieurs branches en fonction des risques couverts.

CNAM (caisse nationale d’assurance maladie des travailleurs salariés) : c’est la caisse qui gère la branche maladie du régime général qui couvre la plus grande partie des salariés (publics et privés). Les organismes locaux de la branche maladie sont les cram (caisses régionales) et les CPAM (caisses primaires, pratiquement une par département. Les non salariés (agriculteurs, artisans, commerçants) ont leurs propres régimes (MSA, CANAM).

Urssaf (unions pour le recouvrement des cotisations de la sécurité sociale et d’allocations familiales): les cotisations des salariés et des employeurs sont perçues par ces organismes

Cotisations : elles sont proportionnelles au salaire brut. La cotisation se décompose en 2 parties : une part salariale, déduite du salaire brut, et une part patronale. Elles sont toutes deux versées par l’employeur aux régimes de protection sociale au moment de la perception du salaire (« à la source »).

Financements publics : ils occupent une place de plus en plus importante. Ils sont de 2 ordres : issus du budget de l’Etat (qui servent à équilibrer les comptes) et les impôts et taxes « affectés » (alcool, tabac, publicité des industries pharmaceutiques, CSG - pour la seule branche maladie).

Ondam : Objectif national des dépenses d’assurance maladie. Il est voté chaque automne dans le cadre de la Loi de financement de la Sécurité Sociale et est presque toujours déficitaire.

AISS : Fondée en 1927 l’association internationale de la sécurité sociale est une organisation internationale à but non lucratif. Son objectif principal est la coopération internationale pour la promotion et la développement de la sécurité sociale dans le monde sur la base de justice sociale.

AME : aide médicale d’Etat doit permettre à des personnes sous conditions de ressources ( moins de 562 euros par mois et essentiellement des étrangers en situation irrégulière) d’être soignés gratuitement. Le problème c’est que le projet de Loi prévoit de « supprimer la procédure d’admission immédiate »...Il faudra donc attendre au mépris de la santé !


Les systèmes de protection sociale


Chaque pays européen a construit son propre système de protection sociale. On peut distinguer les systèmes nationaux en fonction de 5 critères :
• Le mode de financement avec le rapport entre la place des cotisations et les financements publics ;
• Le mode de calcul des prestations qui peuvent être soient forfaitaires soient proportionnelles au revenu ;
• La population destinataire : universelle ou liée au statut professionnel ;
• La forme des prestations en espèces ou en nature ;
• Le ciblage des prestations avec ou sans conditions de ressources.


Le sociologue danois Gosta Esping-Andersen distingue 4 modèles de protection sociale.
• Le premier rassemble l’Allemagne, l’Autriche, la France, le Luxembourg et la Belgique. Dans ces pays, les prestations sont financées pour près des deux tiers, voire plus, par des cotisations assises sur les salaires ( les droits sont étendus aux membres de la famille). Ces systèmes sont qualifiés de bismarckiens (du nom du chancelier Bismarck—1880) dans lesquels les cotisations et les prestations sont liées à l’activité professionnelle.
• Les pays scandinaves (Danemark et Suède) forment un second groupe. Ici, les droits sociaux élevés, ouverts à tous, financés largement par des financements publics, découlent de la citoyenneté (et non pas du statut professionnel). Les prestations en nature sont également très importantes (services sociaux gratuits). Ce groupe est qualifié de « social-démocrate ».
• Le troisième groupe, dit libéral, regroupe l’Irlande et le Royaume-Uni. Dans ces 2 pays les prestations forfaitaires nombreuses, sont de plus bas niveau. Les assurances privées jouent un rôle important. C’est dans ces 2 pays que le poids des prestations sous conditions de ressources est le plus haut et les inégalités les plus importantes. Ces systèmes sont dits beveridgiens (du nom de Lord Beveridge—1947) qui sont à vocation universelle et financés par l’impôt.
• Enfin un quatrième groupe dit du « sud » regroupe les systèmes de protection sociale des autres pays européens (Italie, Espagne, Portugal…) avec soit des prestations faibles et dispersées (Portugal) soit des prestations plus élevées mais qui concernent qu’une partie de la population.

Economie et dépenses de santé
Dans la plupart des pays de l’OCDE, les dépenses de santé progressent plus vite que l’économie. Ce qui oblige les gouvernements à trouver des financements ou à augmenter la participation financière des particuliers. En 2000 et 2001, les dépenses réelles de santé ont augmenté de 4% en moyenne par an sur l’ensemble des pays de l’OCDE (alors que la croissance moyenne est de 2,3%). Cet écart s’est traduit par une nouvelle augmentation de la part des dépenses de santé dans le PIB : 8,4% en 2001, contre 7,3% en 1990 et à peine plus de 5% en 1970. La France se situe en quatrième position avec 9,5% du PIB consacré à la santé. Le poids de la protection sociale dans chacun des pays européen varie par ailleurs du simple au double : 14,1% du PIB en Irlande, 32,3% en Suède. Plus un pays est développé et plus la protection sociale y occupe une place importante.

Les raisons de l’inflation
L’augmentation de l’offre de soins, le vieillissement de la population, le progrès médical, l’augmentation de la demande liée à l’accroissement des revenus, sont les principales raisons avancées. Il est rappelé que 5% des malades génèrent 50% des dépenses et que 70% des dépenses proviennent des 6 derniers mois de la vie humaine.

Santé et prévention
Les dépenses de santé occupent majoritairement le deuxième poste de dépenses sociales ( le premier concerne la vieillesse). Les pays européens sont donc confrontés à des défis communs. La hausse des dépenses de santé étant partout la combinaison du progrès technique, d’une demande plus forte de « bonne » santé, et du vieillissement.
Cependant, dans les pays scandinaves, où les dépenses de santé par habitant sont nettement inférieures à la moyenne européenne, les indicateurs sont bons en raison des politiques de prévention (supérieurs à 10% des dépenses). Par comparaison, la France consacre moins de 3% de ses dépenses de santé à la prévention loin derrière des pays comme la Suède. La prévention est donc un des facteurs essentiels de limite des coûts. Les systèmes des pays scandinaves sont encore, en pratique, totalement gratuits, ce qui contredit également l’opinion assénée que la gratuité des soins serait un facteur d’inflation des dépenses.

Actions menées par rapport aux dépenses de santé
Au troisième rang mondial pour ses dépenses de santé l’Allemagne a décidé dernièrement de réformer son assurance maladie. Bénéficiant jusqu’à présent de consultations gratuites, les assurés devront désormais acquitter 10 euros par trimestre pour les consultations médicales et 10 euros par jour pour les séjours à l’hôpital. De manière générale, les actions entreprises vont dans le sens d’un développement des inégalités et d’une réduction des dépenses. Par exemple, Les mesures de maîtrise des coûts hospitaliers ont permis de réduire le nombre de lits d’hospitalisation dans presque tous les pays de l’OCDE. Ainsi, en moyenne, le nombre de lits de soins aigus pour 1000 habitants a été ramené de 5,7 en 1980 à 4 en 2000 avec toutefois de grands écarts entre les pays : 3/1000 au Mexique, USA, Suède et Finlande et 6/1000 en Allemagne, Autriche, Hongrie…). Parallèlement on a assisté,notamment en France, à une forte réduction de la durée moyenne des séjours.

Les dépenses de santé vont continuer à croître et cela pour plusieurs raisons :
• Parce que la santé est un « bien » et la consommation est d’autant plus forte que les revenus sont élevés
• Parce que l’évolution technologique dans le domaine des soins est un facteur d’augmentation des dépenses
• Parce que les générations issues du Baby Boom ont des besoins et des attentes plus importantes; Le fait qu’avec 78 ans d’espérance de vie à la naissance, La France se place loin devant de très nombreux pays au développement comparable dans le monde. L’espérance de vie à 65 ans est désormais très élevée :plus de 16 pour les hommes et 20 pour les femmes. Un record dans l’Union européenne.

Les objectifs à se fixer
La protection sociale peut avoir aussi des effets positifs par l’amélioration de la qualité du « capital humain » et la réduction des inégalités.
Ce n’est pas l’objectif annoncé puisqu’il est clairement évoqué qu’il faut « faire des choix et définir des priorités de façon claire et indiscutable, ce qui doit relever de la solidarité nationale… et ce qui peut ou doit relever d’une complémentaire et ce qui doit être assumé par les ménages ».
On pourrait inverser la question: en quoi les transformations de l’économie et de l’emploi ont elles contribuées à fragiliser les systèmes de protection sociale ? Montée du chômage et de la précarité, accroissement du nombre de divorces, mise en place de dispositifs d’assistance : RMI, CMU pour combler les « trous » de la protection sociale.
Ce qui pose tout simplement la question du choix de société car on aborde trop souvent le problème du financement sous l’angle des déremboursements ou du transfert vers les mutuelles. Il s’agirait plutôt de définir les grandes priorités de la santé publique, ce qui relève de la solidarité nationale, et de regarder si on peut les financer.

L’accès de tous à des soins de qualité est l’objectif que l’on doit se fixer.
La seule façon de réduire les inégalités d’accès aux soins est d’assurer un haut niveau de prise en charge collective des dépenses. Les cotisations ont pour vocation de faire participer l’entreprise au financement de la protection sociale. Une responsabilité sociale qui devient un véritable choix de société avec, entre autres, la modification de l’assiette employeurs/salariés pour une responsabilisation accrue des entreprises.
Les cotisations payées par les entreprises représentent 43% des ressources (41% pour les ménages). Cette part était d’environ 54% en 1989 et 46% en 1995.
Face à des dysfonctionnements structurels majeurs, il s’agit d’entreprendre la mise en place d’une véritable politique globale des soins et de la santé publique avec des choix explicités, débattus et choisis de façon démocratique, d’examiner les solutions de financement des dépenses de soins avec tous les partenaires et professionnels de santé. Lors de son récent congrès à Toulouse, la FNMF s’est dotée d’un corpus de 25 propositions destinées à réformer le système de soins et à réduire les inégalités de santé. Le projet mutualiste invite à réorganiser le système de distribution des soins pour en hiérarchiser l’accès et coordonner les interventions des différents acteurs. Dans ce modèle, le médecin généraliste est placé au centre du système de santé, financièrement reconnu et intéressé à maintenir sa patientèle en bonne santé, incité à travailler en réseau, rémunération fondée sur le système de capitation (en fonction du nombre de clients inscrits)… Mais le rapport présenté par la mutualité est resté cependant dans une logique de corégulation et de partage des responsabilités qui pourrait amener la mutualité à s’inscrire peu ou prou dans le processus de Chadelat.

Le coût de la protection sociale

Les conceptions réductrices de la protection sociale voient avant tout en elle un coût (expression « charges sociales »): les cotisations sociales pèseraient lourdement sur le coût du travail et pénaliseraient la compétitivité de l’économie, donc, par là même, l’emploi. C’est les politiques de baisse des charges, de réduction des cotisations patronales mises en application à partir de 1993.
Au premier rang des financements sociaux basés sur l’activité, il faut bien sûr placer les cotisations des employeurs et des salariés. La part des cotisations d’employeurs diminue progressivement et celle des cotisations et de la CSG sur les revenus d’activité augmente puis dernièrement se stabilise. Cette diminution de la part des cotisations d’employeurs s’articule évidemment avec de nombreuses politiques d’exonération de cotisations patronales menées au nom de l’emploi. Alors que ces exonérations ne représentaient que 2,3% de l’ensemble des cotisations patronales en 1992, elles pesaient 11,2% en 1997. Les nouvelles mesures d’exonérations ne font que renforcer cette tendance.
La France se trouve dans la moyenne européenne en matière de coût du travail, compte-tenu de la faiblesse relative du niveau des salaires. La stabilisation, voire la réduction des cotisations à la charge des entreprises a débuté dans les années 80. Elles ne représentent plus en 1990 que 68,4% des recettes de la sécurité sociale contre 80,60% en 1970. Une des conséquences directes de cette politique a été de modifier sensiblement le partage de la charge entre employeurs et salariés : en 1980 il était de 77,25% pour les entreprises et de 22,75% pour les salariés; en 1994 respectivement de 66,50% et 33,50%(rendement insuffisant de l’assiette)
En fait le système de financement qui reposait sur la responsabilité des entreprises dans la protection sociale (les cotisations) est remis en cause. Du côté des financements publics, hors CSG, le fait de faire financer par l’impôt les prestations destinées aux plus pauvres tend à restreindre la responsabilité de l’entreprise à la population active employée.

Hors CSG, la part des financements publics concernant des prestations réservées aux plus pauvres passe de 59% à 63% de ces financements publics entre 1990 et 1999. L’opacité des transferts entre régimes (compensation, cotisations, prestations) dualise notre système de protection sociale (ceux qui peuvent payer et ceux qui sont assistés) et rend opaque les comptes de la protection sociale.
Les dépenses de protection sociale ont fortement augmenté depuis trente ans (elles passent de 23,6% du PIB en 1975 à 28,5% en 2001) sans freiner pour autant le développement de la grande pauvreté et de l’exclusion (croissance des dépenses sur les retraites et la progression des dépenses de santé). La dépense moyenne par habitant est passée de 1453 euros en 1990 à 2579 euros en 2002. Le parlement vote chaque automne, dans le cadre de la Loi de financement de la Sécurité Sociale, un objectif national des dépenses d’assurances maladie (Ondam) pour l’année à venir. Hormis en 1997 et 1999 cet objectif n’a jamais été respecté (dans les limites des critères de Maastricht). Face à cet échec, Mattéi a voulu être plus réaliste en choisissant un Ondam de 5,3% sur la lignée de 2000 mais inférieur de 2% aux dépenses de 2002. C’est la raison apparente des mesures prises et envisagées. Les dépenses d’assurance maladie du régime général (salariés) de la sécu ont progressé de 6,5% sur un an (chiffres cnam) : le diagnostic est toujours le même : la croissance des soins de ville presque la moitié des remboursements versés (honoraires médicaux et paramédicaux, médicaments et indemnités journalières) connaissent une croissance de 6,9% sur un an (prévu 5,3%). A l’intérieur de ce poste les honoraires des médecins et dentistes enregistrent une croissance de près de 6%, les prescriptions de 7,5% et les indemnités journalières de 7,1%




Les attaques libérales

Un rapide survol historique
Depuis sa création la sécu a toujours été l’objet de luttes. Le contrat social qui était établi entre les citoyens et l’Etat a toujours dérangé et été perçu comme un poids économique. Les luttes menées se sont situées dans un double mouvement autour du système de protection sociale :
permettre que le système s’applique à tous et limiter les dépenses sociales.
Je vous offre cette citation qui aurait pu être, si elle ne l’a été de Raffarin et comparses :
« devant la très profonde dégradation des équilibres financiers du régime général, devant la détérioration de la confiance dans les structures de 1945, la nécessité d’une réforme d’ampleur s’impose, qui permette de colmater la voie d’eau » ...Il s’agit de Georges Pompidou en 1965.
la même époque (1967), le projet gouvernemental était largement inspiré du Rapport Piketty du CNPF qui avait pour sous titre « pour une politique adaptée à l’expansion économique et au progrès social ».
Ce qui nous montre que les problématiques développées par l’existence même de la sécu ne sont pas nouvelles mais sont en corrélation étroites avec le type de société qui est développé.
Après les trente glorieuses où les luttes menées étaient plus dans le sens d’élargissement de la protection sociale à tous, la crise économique qui s’installe au milieu des années 70 sera un tremplin utilisé par l’Etat pour multiplier les réformes qui ne feront qu’affaiblir le système et générer de nouvelles inégalités. De 1978 à 2002 rien de moins que 14 plans viseront à freiner les dépenses … Ils ont abouti à limiter de manière drastique la dépense hospitalière en entraînant la crise du service public hospitalier tout en échouant dans la maîtrise des dépenses de ville. C’est la maîtrise comptable des dépenses qui est source de dysfonctionnement.

Aujourd’hui nous en sommes à une nouvelle étape où les 3500 milliards de dollars consacrés à la santé dans le monde sont objets de convoitises des milieux financiers et participent à l’ouverture de ce qui était notre « contrat social » au marché. Sous l’impulsion de l’OMC, fervent défenseur du secteur privé à but lucratif, les accords généraux sur le commerce des services (AGCS) se donnent en effet pour cible, entre autres, le secteur de la santé considéré comme un frein à l’expansion économique. Ainsi depuis 1994 (date de la création de l’OMC), les pressions économiques mondiales s’accentuent et on assiste un peu partout à la mise en place de mesures visant au delà de la diminution du coût des soins à la privatisation croissante du secteur santé.

Les raisons des déficits annoncés
Quatre principales raisons peuvent être dégagées :
1. Les nouvelles technologies médicales (les IRM par exemple dont le parc a augmenté particulièrement vite ces 10 dernières années surtout en Suisse, Autriche, Islande et Finlande— 2,6 unités d’IRM en France par millions d’habitants pour une moyenne européenne de 6,5)
2. Les médicaments (du fait de la mise sur le marché de médicaments plus coûteux - les dépenses pharmaceutiques ont doublé en Suède et en Australie entre 1990 et 2001—dans le même temps elles ont augmenté de + de 70% au Canada, Finlande,Irlande et USA ; la consommation en France est supérieure de 20% à l’Allemagne et de 60% à la Grande Bretagne)
3. La multiplication des actes médicaux coûteux (même si l’offre ne correspond pas à la demande –délais d’attente importants) a accentué également la croissance des dépenses.
4.L’impact du vieillissement de la population sur les dépenses de santé majorerait aussi ces dernières de 2% par an.

Face à ces 4 raisons inflationnistes…

…Il suffit que la croissance économique s’enraye pour que le système s’emballe.
Le fléchissement économique a en effet de fortes répercussions sur l’évolution de la masse salariale (- 3,2 milliards d’euros en 2002).
La croissance de la masse salariale restant inférieur à celle du PIB cela provoque un manque à gagner (1 emploi amène en moyenne 8 euros par mois de cotisations soit par rapport aux chiffres du chômage près de 28 milliards d’euros de perdus !) accentué par le gel des salaires (une augmentation de salaires de 1% rapporterait 3 milliards d’euros).En 1996 le décrochage de la masse salariale par rapport au PIB (secteur privé) a été évalué sur 5 ans à 35 milliards de recettes en moins pour la sécu… et un pouvoir d’achat des ménages diminué d’autant.


Les dysfonctionnements, du système d’assurance maladie, qui existent aujourd’hui relèvent de 3 crises :
• Crise du financement du système de santé avec mise en avant de l’irresponsabilité des « consommateurs ». Rappelons quelques données :
1. Le rapport au PIB de la dépense de santé est quasi stable depuis 1993 (il varie entre 9,5 et 10% - C’est le quatrième rang mondial après les Etats-Unis, l’Allemagne et la Suisse) alors que les dépenses continuent à augmenter…
2. Le déficit de l’assurance maladie trouve l’essentiel sa source dans la détérioration de la croissance de l’activité et la reprise du chômage. Le dégrèvement des cotisations patronales accentuant les problèmes ( 19,5 milliards d’euros en 2003 soit une multiplication par 6 depuis 93).
3. Les différents plans de maîtrise comptable ont accentués les inégalités (la part couverte par le régime de base est la plus faible d’Europe, 56% pour les dépenses de ville et 78% de moyenne).

Le « poids » de la santé n’est pas le même pour tous !

• Crise de fonctionnement du système de santé :
L’objectif d’assurer pour tous une politique de soins qui tienne compte de l’évolution démographique et du progrès médical est en décalage total avec les politiques de rationnement comptable proposées depuis des décennies et plus fortement depuis 10 ans. Par exemple, la crise de la démographie médicale a été instrumentalisée par le numérus clausus pour réduire la demande des soins et conduit aujourd’hui à de vives inquiétudes pour les années à venir (autre exemple avec les restrictions budgétaires des hôpitaux)

• Crise de la démocratie : car on ne peut que constater…
Absence de débats réels sur les besoins des assurés sociaux, absence de politique de prévention, mise en cause des structures de proximité, disparition des élections dans les structures de gestion de la sécu, mise en place d’agences régionales de l’hospitalisation chargées d’imposer les réductions des coûts et les restructurations hospitalières afin de réduire l’offre des soins sans transparence dans le fonctionnement de ces structures.


C’est à partir de ces réalités que le gouvernement actuel avance à petits pas largement conseillé et soutenu par le MEDEF (VRP de l’OMC).
La tactique employée a un air connu :
• Premièrement : Effets d’annonces largement médiatisés (matraquage désinformationnel) avec des petites phrases assassines ciblées et rabachées pour mieux nous convaincre à travers une présentation apocalyptique de l’inéluctabilité des réformes. Inéluctabilité d’introduire une dose de privatisation dans l’assurance maladie, notamment à travers le développement des complémentaires santé « gâchis de la sécu, les abus et les irresponsabilités, le gouffre, les abysses, la remise en cause de la gratuité, la mise en avant de la notion de risque individuel donc de responsabilité individuelle… »
• Deuxièmement : la production de rapport avec un choix très précis des rapporteurs. Exemple le rapport Chadelat qui développe l’idée du panier de soins et ouvre les portes toutes grandes aux logiques assurantielles (Chadelat a travaillé pour Axa et était le parrain du plan Séguin de 1986 ). Deuxième exemple le rapport sur « la médicalisation des dépenses d’assurance maladie » demandé à Alain Colomb ancien président de la fédération de l’hospitalisation privée.
• Troisièmement : mise en place de conseil ou comités dits démocratiques (haut comité) et associant différents partenaires mais avec un cahier des charges bien défini et dont les conclusions et décisions sont déjà ficelées (cf débat sur l’école, assises des libertés locales…)

Les partisans de la privatisation fondent également leur argumentation sur 3 postulats :
• Le premier consiste à affirmer, sans démonstrations, que le niveau des prélèvements obligatoires a atteint aujourd’hui un seuil critique à ne pas dépasser au risque de lester le dynamisme économique (thèses FMI et Banque mondiale). D’où la réduction des financements publics, les modifications d’assiette (entreprises /salariés)….C’est nier en bloc les effets positifs de la redistribution et mettre à mal l’état sanitaire des populations.
• Le deuxième atout serait la supériorité de la gestion privée. Ce qui reste à prouver mais les campagnes de dévalorisation de l’hôpital public, déjà fragilisé par le désengagement financier de l’Etat, se succèdent dans la mise en cause de ses performances comme pour son statut (le palmarès des hôpitaux, le palmarès des cliniques, le sombre bilan de l’hôpital public). Les Etats-Unis qui dépensent le plus au monde pour la santé avec 3500 euros par habitant, où le recours à l’assurance privée est la règle, se placent au 25 rang des pays développés pour la mortalité infantile. Ceci tend à prouver que plus un système de soins fonctionne sur un principe d’économie privée, plus il coûte cher et moins il est performant en raison des importantes inégalités sociales et d’accès aux soins.

• La troisième vertu serait celle de valoriser les choix individuels. Ce qui pose problème pour les plus démunis. La part du coût des soins laissés à la charge des individus est de plus en plus importante. L’augmentation du ticket modérateur (voire le non remboursement des médicaments ou des soins), les dépassements … la part croissante des dépenses de soins non couvertes par la sécu ouvre aux assurances privées un marché très juteux. Rappel : 5% des français n’ont pas accès aux complémentaires.

Les propositions actuelles se dessinent autour de 5 idées :

La responsabilisation des assurés sociaux et l’introduction de différents niveaux de protection constitue le premier volet de l’argumentation. Les exemples choisis de responsabilisation n’étonnent plus : la multiplication des doppler, des échographies, et autres examens coûteux par des assurés bien sûr deresponsabilisés et souvent incités par des praticiens eux aussi irresponsables !
Les exemples cités ne sont pas acceptables, surtout quand une partie de la population renonce à des soins, notamment dentaires, pour des seules raisons financières. Mais il est vrai que monter les assurés sociaux les uns contre les autres peut être un moyen pour faire passer les réformes.
La responsabilisation des assurés sociaux repose sur des mécanismes d’incitations financières. Les projets libéraux et s’articulent sur l’évolution de la notion de panier de soins déterminé entre ce qui relève de l’assurance maladie obligatoire (AMO qui prend en charge aujourd’hui un peu plus de 3/4 des dépenses , les complémentaires 12% le reste à la charge des ménages) et un panier de soins complémentaires organisé par des compagnies d’assurances privées (AMCB) et financé par les malades eux-mêmes . Ces 2 systèmes se complétant pour former la couverture maladie généralisée (CMG). Rappelons au passage que le copaiement AMO+AMCB existe déjà aujourd’hui avec des différences importantes notamment pour la lunetterie et les soins dentaires. Les soins de santé sont déjà à plusieurs niveaux.
La CMG n’a pas de vocation à assurer la gratuité des soins. Elle est la somme des garanties offertes par l’AMO et une assurance maladie complémentaire de base. Les dépenses de santé peuvent être réparties entre 4 groupes :
• Les dépenses pour lesquelles les AMO peuvent et doivent être les financeurs
• Les dépenses assurées par copaiement AMO-AMCB (cas actuel du ticket modérateur)
• Les dépenses pour lesquelles les AMC peuvent et doivent être les financeurs
• Les dépenses qui ne s’inscrivent pas dans l’objectif de santé publique de la nation

De telles méthodes pénalisent essentiellement les ménages aux revenus modestes et ne garantissent pas l’égalité des citoyens devant les soins. Par exemple les accidents dit « du sport » pourraient ne plus être pris en charge car faisant partie de notre responsabilité individuelle. D’autre part les exemples européens ne sont pas probants : là où la concurrence s’est instaurée les indicateurs sanitaires ne se montrent pas satisfaisants.
L’exemple des Etats-Unis donne à réfléchir : dérives des dépenses (via la concurrence) inégalités accrues. De plus les inégalités déjà existantes (optiques et soins dentaires + les 40 millions de personnes qui ne disposent pas de complémentaires) ne peuvent que nous éloigner de ce système … Chacun, hormis les plus pauvres, choisit « librement » son niveau de protection. Idem au Royaume Uni. Ce type de protection centrée sur la « liberté individuelle » de choisir son niveau de protection par un niveau très élevé d’inégalités.


La tarification à la pathologie
Il s’agit par ce dispositif d’évincer voire de moins rembourser certaines maladies jugées trop onéreuses.
L’examen des comptes de la santé par type de pathologie montre tous les dangers d’une telle démarche. Trois des pathologies les plus lourdes (appareil circulatoire, troubles mentaux, affections de la bouche et des dents) représentent plus de 26% des dépenses hospitalières, ambulatoires et médicamenteuses.
Cette tarification dans les établissements de soins (prévue par la Loi de financement) remet en cause les fondements de notre système de soins dans la mesure où elle favorise l’éviction des malades de pathologies lourdes (sélection des malades déguisées). Cette logique privilégie les plus jeunes par rapport aux plus vieux, les plus forts par rapport aux plus faibles et conduit à négliger les personnes qui sont en dehors du circuit productif (exemple des Etats Unis avec l’éviction de certaines pathologies graves).


Le plan médicament

Ce volet comporte trois orientations :
• Première mesure : des médicaments dits « inefficaces » ne sont et seront plus remboursés et laissés à la charge des malades. La question du choix des médicaments se pose pleinement ; Quid aussi de la baisse du remboursement des soins homéopathiques (passage de 65% à 35% alors qu’elle ne représente que 0,8% de l’ensemble des remboursements). A travers ces mesures il s’agit de déterminer le niveau de prise en charge d’un service en fonction de celui qui prescrit et celui à qui il est prescrit (donc un rapport prescription / patient).
• Deuxième mesure : pour les classes de médicaments où il existe des génériques, le remboursement se fera sur la base du prix du générique le moins cher. Cela revient à faire supporter une dépense supplémentaire au malade qui n‘a pas le choix de la prescription. Favoriser le recours aux médicaments génériques (en 1996 les génériques représentaient 5% du marché contre 33% en Allemagne et 48% au Pays Bas) peut néanmoins contribuer à réduire certains coûts encore faut-il que les remboursements soient en corrélation avec la prescription établie (donc pour confirmer l’analyse : le bas blesse entre les prescripteurs et les financeurs. Un des dossiers qui doit être abordé dans le cadre des réformes à venir).
• Troisième mesure : la liberté des prix pour les médicaments nouveaux afin de financer la recherche pharmaceutique. Les laboratoires pharmaceutiques seront les grands gagnants. Comment rester stoïque lorsque l’on sait que l’industrie pharmaceutique consacre plus d’argent au marketing qu’à la recherche ?


La réforme des hôpitaux : les réformes proposées sont radicales : concentration des moyens matériels et humains en vue d’optimiser les pratiques ! C’est la politique de fermeture des lits et des services de proximité. La privatisation nie la santé publique, la logique concurrentielle l’emporte. C’est une évolution vers le modèle britannique, pourtant la réforme ultra-libérale de Thatcher en 1991 devrait servir de leçon. Avant cette date le système, financé par l’impôt, mettait à la disposition de tous des soins gratuits. Depuis 1991, le financement public est directement versé aux agences régionales qui sont chargées de les répartir après une mise en concurrence. Les hôpitaux sont désormais indépendants et fonctionnent comme des opérateurs privés (ils vendent des services de soins aux agences). Mais les établissements, dans les faits, limitent leurs investissements car sous la concurrence et la pression constante des acheteurs de soins. Diminution des coûts = diminution de qualité (et donc éviction des pathologies lourdes qui coûtent cher). Les soins gratuits sont ainsi remis en cause.
En France nous devons à Juppé la création des agences régionales de l’hospitalisation avec à leur tête des « superpréfets sanitaires » qui ont tous les pouvoirs et notamment la répartition de l’offre de soins publics ou privés à l’échelon de la région. Les nominations de ces directeurs d’ARH, en 1996, n’ont pas été neutres politiquement : exemple sur l’Ile de France, qui est la première région sanitaire, c’est le PDG d’une chaîne de clinique privées qui a été nommé à la tête de l’agence (suppression de 5000 lits en 7 ans pour la seule IDF, disparition de services de proximité, dégradation des conditions de travail…). Les établissements étranglés financièrement ne peuvent plus subvenir aux besoins urgents (cf la canicule, l’épidémie de bronchiolite…exemple aussi de l’Hôpital de Versailles—étranglé financièrement, d’où fermetures de lits et de services - au bénéfice de la clinique de Parly 2 qui appartient au directeur de l’ARH)

L’intervention des collectivités territoriales
Sans être vraiment précisés les projets envisagent de laisser les régions, voire les municipalités, participer aux investissements hospitaliers. Après la mise en place des ARH ce serait une nouvelle étape qui serait franchie en mettant en cause l’égalité nationale et en renforçant les inégalités selon les ressources des régions.


Dossier réalisé par Patrick Ysebaert